Le fiEstival de maelstrÖm, littérature, rencontres et gidouilles

Un festival de poésie à l’affiche New Age ? J’ai quelques appréhensions… Je suis heureuse de les avoir dépassées : j’ai découvert un hâvre de rencontres, de générosité, de mots qui frappent. Morceaux choisis de deux jours du fiEstival terriblement familial de la maison d’édition maelstrÖm.

Crédit photos : Nadia Hamri et Novella de Giorgi (pour l’éditeur taggé)

Le chaman hilare interpelle l’éditeur d’un grosse voix qui retentit dans tout le bar : « rhô ! mais Caravaca ! Qu’est-ce que tu fais encore ? » On le transforme en œuvre d’art, Caravaca ! On a des trucs à dire, ce sera sur sa peau ce soir ! Là-bas une gidouille, ici un graff improvisé, là-bas une citation d’Oscar Wilde. Torse nu, mots vivants.

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Fiestival, Caravaca

Samedi soir au fiEstival. Ben finalement, ils sont drôles, les poètes. J’avais peur de me retrouver au milieu de nombrilistes à écharpes blanches et mots désincarnés. Les tournées se succèdent, les rires explosent, les gestes démesurent. De temps en temps, un courageux pousse jusqu’à la place Jourdan pour ravitailler la remuante troupe en paquets multiples de frites bien de chez nous. Les regards sont fiévreux et les conversations, à bâtons rompus, dans plusieurs langues — il est terriblement international, ce festival. On se découvre, on se passionne, on s’amuse.

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Le lendemain, nous soignons notre gueule de bois à coup de thés choisis et offerts par quatre écrivains venus nous présenter leur dernier-né. C’est ultra familial, un peu improvisé. Je pouffe devant la mine dépitée de ce pauvre Théophile de Giraud qui aurait préféré amener du whisky et apprend tant bien que mal la difficile confection de ce breuvage pour lui inconnu. Isabelle Wéry a amené du cramique : « c’est ce qu’on mange à Liège, c’est délicieux ». On a l’impression qu’on les connaît depuis des siècles. On se sent bien.

Commencent alors leurs lectures. On sent qu’ils y ont mis leurs âmes, dans ces lignes. Et leur cœur. Et leurs tripes. Des voix différentes, d’autres obsessions mais la même passion. La voix hyper féminine d’Isabelle Wéry nous parle de grand amour, Moe Clark de l’âme de sa flûte et Théophile de Giraud tisse sa colère en aphorismes.

Jacques Néwashish scande des poèmes bilingues, accompagné de son tambour, sous les yeux bienveillants d’une peinture qu’il a créée pour le festival. Ils parlent de la mort de sa mère et du retour tant attendu d’un oiseau. Instant de grâce, on rentre dans une sorte de transe, plus proche du cœur de la vie, où délicatesse et émotions s’entremêlent. Moe Clark déclame alors, avec un charisme et une éloquence à couper le souffle, un texte sur les enfants amérindiens volés à leur famille. Larmes aux yeux et les poils dressés.

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Il y avait aussi des concerts, des open mics, des repas partagés, des performances. Il y avait surtout des rencontres. J’y suis restée deux jours et je n’ai pas vu une personne qui ne soit passionnante, intègre. J’ai été impressionnée d’à quel point chacun y partageait simplement ses émotions, et prenait soin des autres. Je n’ai jamais vu d’événement où il y ait autant de gens qui se prennent dans les bras. Deux personnes libres qui se disent simplement qu’elles s’aiment. Pas des fillettes hystériques en manque de contact humain.

Il y a un énorme effort à faire au niveau de la promotion (et de l’image : déjà un festival de poésie, c’est pas gagné, mais avec un site internet hyper foutraque et une affiche moche, ça n’aide vraiment pas), mais j’espère qu’ils vont continuer de nombreuses années. Dès mon premier soir, j’ai su que le fiEstival allait devenir un de mes incontournables de l’année.

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Texte paru initialement dans Feever.