La thérapie de couple de Karim Gharbi et Clément Nourry

Ils étaient la semaine dernière en première partie de Daniel Hélin à l’Os à Moëlle, ils réitèrent tout à l’heure pour un concert gratuit dans le cadre de la Fête de la Musique. Karim Gharbi, chanteur et Clément Nourry, son accompagnateur, se livrent à Feever.

Crédit photo : Gautier Houba

Ça veut dire quoi, la musique, pour vous ?
Karim : C’est un moyen de se sentir vivant. C’est un moyen d’évasion. C’est un moyen de confrontation. C’est un moyen de libération. D’épanouissement. De communication. De joie. De douleur.
Clément Nourry : C’est un moyen de trouver de l’intimité avec soi-même. Puis peut-être, c’est un rituel qui permet de la partager avec les autres.

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Karim Gharbi - Clément Nourry, ITV

Comment ça a commencé ?
Clément : On s’est rencontré à Liège, au Conservatoire, dans un cours d’improvisation libre. On a commencé à travailler ensemble et on s’est dit que finalement non. [Rires] On a remis ça à plus tard. Et puis plus tard, ben, on a recommencé. Puis oui. [Rires] Et puis voilà, ça fait cinq ans que ça dure. Et le duo en lui-même, effectivement, ça fait un an qu’on a choisi de suivre cette thérapie de couple à deux.

Vous ne faites que ça ?
Karim : Oui : concerts, écrire, composer, répéter et puis en dehors de tout ça, je fais aussi tout le travail qui consiste à faire connaître son travail : diffusion, booking, management. Ça prend clairement une très très grande partie du temps. Et finalement, les moments vraiment créatifs où je suis en train de faire de la musique ou d’écrire ou de composer sont très maigres. Aujourd’hui, les musiciens doivent savoir faire tous les boulots sauf si, évidemment, ce sont des musiciens qui font tout de suite un gros buzz, qui ont une grosse prod derrière, etc… Mais pour tout ce qui est culture émergente, alternative, on est toujours au four et au moulin.
Clément : C’est sûr qu’en termes de dépense de temps, on est plus des diffuseurs que des musiciens.

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Karim Gharbi - Clément Nourry, ITV2

Vous n’avez que ce projet-là ?
Karim : Au sein de mon projet, comme chanteur, j’ai plusieurs ramifications. Il y a deux duos. Le duo avec Clément, le duo avec Eric Bribosia, un pianiste, et un quartet et puis un sextet. Avec des choses différentes et des choses en commun. Et puis, en dehors de ça, j’ai fait des expériences, j’ai chanté dans une comédie musicale, là, je vais peut-être jouer au cinéma. Et puis j’ai l’intention aussi, de faire du théâtre et puis peut-être de commencer d’autres choses l’année prochaine. Je ne sais pas encore exactement mais en tous cas, j’ai soif de choses nouvelles.

Clément : Moi aussi, j’ai soif de choses nouvelles, toujours. J’aime bien les choses différentes. Donc, je joue dans un groupe de rock qui s’appelle Joy as a toy, dans une fanfare qui s’appelle « Alimentation générale » . Puis là, il y a des choses qui émergent. Des choses plus improvisées, plus jazz, peut-être.

Karim : J’ai aussi un projet qui est mis en route de collaboration avec des musiciens tunisiens : on a été jouer en Tunisie après qu’on ait remporté la Biennale de la Chanson Française en 2010, juste pendant la révolution. Donc on a eu l’occasion de rencontrer la culture émergente là-bas. Et là, je reviens de Tunisie où j’ai été parlementer avec des institutions, des partenaires potentiels pour monter un projet de collaboration et de création collective avec des musiciens tunisiens. Le principe, c’est la rencontre, la mise en commun des langages, la création, des échanges entre la Belgique et la Tunisie, monter un répertoire, avoir un spectacle et de tourner la troisième année.

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Karim Gharbi - Clément Nourry, portait Karim

C’est quoi, ce spectacle que vous allez faire ce soir ?
Clément : C’est une sacré aventure, en fait ! On a quand même commencé il y a un peu plus d’un an maintenant, à se voir à deux pour improviser, pour partir sur des choses assez expérimentales et assez spontanées qui ont rejoint en même temps la préoccupation chansons qui était là. Donc, c’est une espèce de mélange entre toutes ces choses. Puis c’est une rencontre humaine aussi, on a fait quand même cinquante concerts en un an, ça a beaucoup évolué.

Karim : Oui, c’est la rencontre de deux personnes, deux univers musicaux avec du texte, de la chanson, de la scène, forcément de la musique, de l’improvisation, du son, des choses écrites, des choses libres, un propos, des propos — plein de choses très différentes, il y a des choses complètement sérieuses, premier degré, qui parlent de choses d’actualité, des choses douloureuses, que ce soit la politique, que ce soit la solitude, la souffrance, la difficulté à vivre dans ce monde. Et puis des choses tout à fait ludiques, des choses légères, des choses improvisées et puis de le folie, aussi. Ça, c’est une chose à laquelle je tiens particulièrement, parce que la scène est un espace où on peut légitimement dépasser les bornes, aller au-delà. Il est plus que jamais nécessaire, je trouve, aujourd’hui, de laisser place à ça. Souvent, je me dis, si il n’y avait pas la scène, peut-être je serai dans un HP. [Rires]

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La belgitude, c’est important  ?

Karim : En fait, en tournant en France et dans d’autres pays, on se rend compte qu’il y a quelque chose parce qu’on vient d’ici, des choses surréalistes qu’on fait et qui sont proprement bruxelloises. Il y a une universalité là-dedans. Je crois qu’on a quelque chose qui est vraiment à nous, qui nous appartient et qu’il faut cultiver. C’est ce regard sur soi, cette dérision, le deuxième, le troisième degré. La belgitude, oui ! Oui, la belgitude !

Clément : Moi, je suis français [Rires]. J’ai vraiment pas spécialement envie de retourner vivre en France. Je suis assez attaché à… à Bruxelles, en fait, particulièrement. La belgitude, c’est la vie en coulisses. C’est l’ouverture des coulisses. Repousser les coulisses.

Vous pratiquez la création collective.
Clément : On se laisse délirer, en fait. On se permet de franchir les bornes et puis après, on essaie de reconstruire quelque chose. C’est comme d’être dans un magasin de faïence et puis d’arriver avec un maillet, tout démolir et puis après essayer de tout recoller. Ça se fait à deux. Ça va très lentement mais ça va quand même plus vite que tout seul. [Il pouffe.]

Karim : Parfois, on confond l’autre avec certaines porcelaines. Parfois, c’est l’autre qu’on démolit et puis qu’on doit recoller. Mais ça fait partie du processus. [Rires]

C’est quoi, votre actualité ?
Clément : On a fait un EP déjà et là, on travaille sur un nouveau répertoire et un nouvel album.
Karim : On a les morceaux, on fera ça dans le courant de l’année prochaine.

Clément, et tes autres projets ?
Clément : Joy as a toy a un nouvel album en préparation puis une tournée en France en octobre.

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Karim Gharbi - Clément Nourry,  portrait Clément

Qu’est-ce qui vous fait bander dans la musique ?
Karim : En fait, je ne bande pas. En fait, voilà, c’est l’occasion d’en parler, je suis frigide, impuissant et j’ai un micro pénis. Et si je fais de la musique, c’est parce que je suis complètement impuissant. C’est pour ça que je fais des trucs salaces et sexuels sur la scène. Mais sinon, c’est le désert total, il n’y a rien qui se passe. L’énergie sexuelle est là, elle est condensée mais elle ne peut pas s’exprimer. Donc, je ne bande pas mais je chante. [Rires]

Clément : Pour moi, c’est le moment avant que tout commence. Sur scène, avant que t’aies fait un premier son et un premier mot. Et c’est juste avant. De préférence quand personne ne sait encore ce qui va se passer et qu’éventuellement toi non plus. C’est le meilleur moment.

Karim : J’étais en train de me dire : bander au sens physiologique du terme, c’est une chose qui ne m’est jamais arrivée sur scène. Et je crois que ça doit être super, en fait. Imagine, il doit bien y avoir des gens pour qui rien que le musique donne des érections.
Clément : Je me suis souvent posé la question, c’est bizarre. Je ne sais pas, bander, comme ça, c’est un trip. Il faut un côté enfantin, je crois. Il y a une forme de premier degré.

Qu’est-ce qui vous fait bader dans la musique ?
Karim : Tout ce qu’il y a autour, tout le travail promotionnel, toute la diffusion, tout ce qui est administratif.
Clément : La Maes au fût, aussi. Qu’on se le dise !

Stoemp rock, Clotilde Delcommune, Karim Gharbi - Clément Nourry, à l'Os

Un plaisir musical honteux ?
Clément : Rhô ! Je n’ai que ça ! Alors là ! Je me suis retrouvé il n’y a pas longtemps à dormir chez des organisateurs qui faisaient du hardcore, quelque chose de très lourd. Et on a passé toute le nuit à chanter en marcel et en caleçon des chansons de Queen. C’était assez improbable et c’était très très agréable !

Vous nous racontez une blague ?
Karim : Monsieur et madame Nébouré ont trois fils. Comment s’appellent-ils ? Derec. Tom. Jean.

Clément : C’est l’histoire d’un pingouin qui respirait par le cul, en fait, il respirait par le cul. Puis, un jour, il s’est assis. Et il est mort.

Texte paru initialement dans Feever.