Guillaume Maupin, organisateur, nous raconte l’Offsceen

Rencontre avec Guillaume Maupin, de l’équipe du Nova qui a lancé l’Offscreen pour notre plus grand plaisir.

Photos : Gautier Houba

Stoemp rock, Clotilde Delcommune,  Offscreen, Maupin, portaitBonjour. T’es qui en fait ?
Je suis Guillaume Maupin, je fais partie de l’équipe du Nova depuis plusieurs années. Et de celle qui a lancé l’Offscreen il y a six ans.

C’est quoi, l’Offscreen ?
Un festival co-organisé à la base par l’asbl Marcel et le cinéma Nova et puis rejoints par la Cinematek et plein d’autres lieux. L’idée, c’était de créer un temps fort dans l’année à Bruxelles pour passer des films de genre et des films qui explorent par leurs thématiques, qui ont des formes étonnantes et qui tirent un peu dans les coins.

Ton critère, c’est l’étonnement ?
Oui et puis une approche un peu oblique du cinéma, c’est-à-dire d’aller voir un peu ce qui est de mauvais goût ou délaissé dans les canons du cinéma. En gros, c’est ce qu’il y a au Nova toute l’année, c’est-à-dire des films qu’on ne voit pas ailleurs pour plein de raisons, mais là, c’est plus centré sur le genre, sur l’extravagance, sur le sordide, pourquoi pas, sur la science-fiction…

Un festival de films dont les autres ne veulent pas ?
Pourquoi pas. Moi, une idée qui me tient à cœur, c’est de passer des films pas forcément super réussis. De mettre en rapport des films réussis et des films qui le sont un peu moins mais qui ont vraiment testé des chemins inattendus ou osés.

T’es en train de me dire qu’on devrait vous mettre dans les programmes des écoles de cinéma ?
Ben oui, il me semble que ce ne serait pas mal. [Rires] Dans les écoles de cinéma, on dit qu’il faut s’intéresser aux meilleurs auteurs. Je ne crois pas trop à la question d’auteurs dans le cinéma mais je crois au contraire à la liberté, aussi grande chez certains « mauvais réalisateurs ».

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Et là, toi, tu les considères comme bons ?
Oui. On a une carte mentale du cinéma et je considère qu’il ne faut pas juste l’inverser par jeu intellectuel mais parce qu’il y a vraiment des choses à aller chercher — et du plaisir et des nouveaux horizons — ailleurs.

Ça me fait penser à la notion de carnavalesque chez Bakhtine. Une inversion des hiérarchies pour un temps donné, comme soupape à nos sociétés.
Waters est tout à fait dans cette attitude-là, avec les freaks et le Carnival, c’est ce qu’il aime : Divine, tous les personnages de Desperate Living… C’est intéressant parce que Bakhtine a aussi parlé du fait que le roman est une forme particulière. Et je crois qu’il y a exactement ça, dans le cinéma : c’est une forme récente, qui a une centaine d’années, et qui a pris beaucoup du roman dans sa narration. La grande différence, par rapport au théâtre, c’est de pouvoir changer de lieu toute les deux secondes ou d’être dans des temps plus longs.

Au cinéma, c’est pareil : on peut dire « on coupe » puis on vieillit la personne : ça va plus vite. Et puis surtout, le rapport avec Bakhtine, c’est la pluralité des points de vue et de la parole. Au cinéma, on peut appliquer ça de façon vraiment très chouette et utiliser toutes les possibilités du roman et du théâtre. C’est un art total et l’art total du XXe emprunte beaucoup aux romans tels que les mentionne Bakhtine.

Comment vous est venu l’idée ?
Une partie des fondateurs de l’Offscreen travaillait sur le Septième parallèle, une section du BIFFF qui s’occupait vachement des rétrospectives. Une des particularités d’Offscreen, c’est d’avoir énormément de rétrospectives. Il y a évidemment une section d’avant-premières, mais on réexplore l’histoire du cinéma et il y a l’idée de faire un temps fort : c’est des films qu’on ne voit pas souvent à Bruxelles ou ailleurs. On le fait un peu au Nova, mais avec l’Offscreen on n’a pas vraiment le temps.

Quand on n’a plus travaillé avec le BIFFF, on s’est dit que c’était dommage parce que pour nous, passer des rétrospectives, c’était fort important mais on voulait aussi passer des avant-premières et on s’est dit qu’à Bruxelles, il y avait tout à fait une place pour aller de ce côté-là. Avec le BIFFF qui explore le cinéma de genre tout à fait contemporain, il y avait encore une place pour parler de l’histoire à côté.

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Vous visez quel public ?
Un public de niche, qui traditionnellement s’intéresse au cinéma de genre. Sans pour autant avoir un côté chef d’entreprise ou publicitaire : à l’Offscreen et au Nova, on n’est pas des professionnels, on est bénévoles parce qu’on est passionnés par tout ça et on est avant tout un public. On fait tout ça avant tout parce qu’il n’y avait pas ça, pour que ça existe ! Donc, Offscreen, c’est vraiment un festival avant tout pour le public. On suit le rythme du Nova : ce n’est ouvert que du jeudi au dimanche et pendant trois semaines, on projette des films à des prix et à des heures raisonnables pour que les gens qui ont une autre vie que nous, nerds qui sommes tout le temps dans les films, puissent venir partager ça.

Donc, on a un public niche qui est fan de tout ça et qui est tout à fait content de ces films-là, on a des gens qui profitent de l’attention concentrée autour de ce genre de films et ces films de genres pour venir voir et puis les gens, Bruxellois et autres, qui entendent parler de tout ça et qui ont envie de le vivre de façon festive. Si ça s’appelle « Off-screen », c’est aussi parce qu’on s’intéresse pas mal à ce qu’il y a en-dehors de l’écran : il y a des conférences, des ateliers, on aime bien passer des films où il y a des gimmicks : on a travaillé sur William Castle, on a travaillé sur Waters, avec l’Odorama et tout ça. On aime bien travailler avec tout ce qu’il y a sur l’écran et autour. Les gens qui aiment ce genre de cinéma ont souvent la possibilité de le voir en DVD mais, nous, on tient très fort à montrer les films le plus souvent possible dans leurs formats originaux, pour la plupart en pellicule.

On essaie de faire en sorte que le public ait vraiment accès aux invités. Le Nova, c’est l’endroit idéal avec le bar où les invités viennent boire un verre. On a vraiment envie que ce soit un festival de public, en fait, pas un festival de prestige. Pas un festival pour faire croire qu’il y a tel cinéma là ou là, dans tel pays, pour des professionnels qui sont de toutes façons blasés. Ici, on a envie d’être un festival pour les gens qui ont vraiment envie de voir des films.

T’as pas l’impression qu’ils deviennent de plus en plus hype ?
Je crois que quand on aime bien, on s’en fout. Quand ce ne sera plus hype, on continuera de le faire. On le faisait avant que ça ne le soit. Les modes vont et viennent. C’est comme le vinyle : on peut dire que c’est hype mais ceux qui aiment vraiment ce format-là continueront à l’utiliser quand la mode sera passée.

Pourquoi avoir attendu tant de temps avant d’avoir reçu Waters ?
Parce qu’il est très occupé. Et qu’il n’accepte normalement de venir que quand il a une tournée. Il avait trouvé une date en Allemagne qui a été annulée au dernier moment mais ça faisait tellement longtemps que Dirk (mon collègue) s’occupait de ça que Waters n’a pas eu le cœur d’annuler au dernier moment.

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C’est un rêve depuis longtemps ?
Oui, et ça correspondait assez à l’esprit qu’on essaie de présenter, comme beaucoup d’invités qui sont venus jusque là. Un de nos premiers invités, c’était Jack Hill. C’est quelqu’un de charmant, c’était super. On a eu plusieurs invités comme ça qui nous paraissaient pertinents.

Beaucoup de vos trucs sont en anglais, c’est pour avoir des subsides des deux côtés ?
Non. Mais on a les subsides des deux côtés. Au Nova, on est un des hauts lieux bilingues bruxellois. Tout le monde est bienvenu ici et a priori, on passe des choses qui peuvent plaire à tout le monde. On essaie de sous-titrer quand on peut les films et en français et en néerlandais. C’est souvent difficile. On travaille beaucoup avec la France parce que là-bas, il y a plus de films qui ont été sous-titrés qu’en Belgique. Il y a de toutes façons plus de films en France qu’en Belgique : il y a plus d’écrans.

Donc on a souvent des films sous-titrés en français. On a travaillé aussi des fois avec la Hollande : là, on a des films sous-titrés en néerlandais. L’anglais est important, parce que, à Bruxelles, il y a beaucoup de gens qui ne parlent ni néerlandais ni français et qui sont les bienvenus et à Bruxelles et au Nova. Donc, on a beaucoup de films anglophones pour lesquels il n’y a pas de sous-titres. Quand on peut, on sous-titre nous-mêmes, mais c’est un travail de fou. On le fait déjà pour beaucoup de films : on a créé notre propre logiciel et tout. On fait un gros effort par rapport à ça. Puis on a à cœur de montrer des films dans leurs formats originaux, or la langue, ça fait tout à fait partie du format original.

Une idée des thèmes des années à venir ?
On en a plein, mais je ne veux pas m’avancer là-dessus sans mes collègues [Rires]. Là, comme ça, à brûle pourpoint… on a pensé à la Cannon, une firme américaine des années ’80 qui a fait plein de films assez eighties. Il y a aussi l’idée des films qui se passent dans des îles. L’idée de l’isolation et tout. On a des idées d’invités, plein, dont Walter Hill. Moi, j’ai envie d’inviter Ringo Starr qui a joué dans plein de films débiles, ça c’est mon envie à moi. On a encore plein d’idées. Pourquoi pas les films de catastrophes seventies ?

J’aime vraiment l’idée, par exemple, de montrer qu’au Japon, c’est des films de studio, alors qu’aux États-Unis, ce sont des films indépendants et qu’en Italie, c’est des productions européennes complètement folles.

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Qu’est-ce qui te fait bander dans le cinéma ?
Ça dépend de l’heure qu’il est ! C’est changeant mais ça me fait bander au cinéma quand il y a un nouvel horizon qui se crée. Peu importe comment, mais quand j’ai cette impression de « Oh ! Oui ! On peut aller dans cette direction-là ! »

Qu’est ce qui te fait bader dans le cinéma ?
La notion de film d’auteur et qu’on se vante de c’est quoi le cinéma belge et le cinéma français alors qu’en fait, on s’en fout complètement.

C’est quoi, alors, pour toi, l’important ?
Je m’en fous qu’on me présente le cinéma incroyable produit là où j’habite. Ça veut pas dire que je ne m’intéresse pas à ce qui se fait localement : j’adore ça, mais je ne me sens pas à défendre ni le cinéma belge ni le cinéma français ni le cinéma allemand. Ce qui est important, c’est quand des nouveaux horizons se créent ou pas. Justement, on peut utiliser les codes et tout. J’aime bien quand les choses restent accessibles. L’important, pour moi, c’est de s’amuser à faire des liens. En tant que spectateur, en tout cas, c’est ça qui est chouette.

Un plaisir cinématographique honteux ?
Alors, là… j’en ai plein ! J’en ai un inavouable ces derniers temps : je suis fasciné par Whoopi Goldberg depuis trois-quatre semaines.

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Texte paru initialement dans Feever.